Consécration du temple de la Raison d’Autun 1/3

Le jour étoit aussi pur que la cérémonie qu’il devoit éclairer. Une salve d’artillerie annonce la fête ; le tambour fait entendre, dans toutes les rues de la commune, ses roulemens guerriers : chacun fait ses préparatifs, la gaieté brille sur tous les fronts.

Une multitude innombrable de citoyens de tout âge et de tout sexe, couvroit déjà la terrasse du champ de mars. Les différens groupes destinés à orner la fête s’arrangent, se disposent. Enfin l’heure arrive ; on s’ébranle, on se met en marche.

Les canonniers s’avancent avec leurs canons ; ils sont suivis d’un peloton de montagnards, c’est ainsi qu’on nomme les ci-devant grenadiers d’Autun. Les arts et métiers marchent à la file ; ceux qui les représentent sont les ouvriers et les artisans eux-mêmes. Ils n’ont pas d’autre costume que celui de leur travail, chacun porte les outils et les instrumens qui lui sont propres. Tous offrent le spectacle frappant de cette activité industrieuse, qui fait la prospérité de la République.

L’espérance de la Patrie vient après eux. Ce sont les élèves qu’elle se plait à former ; jeunesse intéressante qui n’offre encore que de la candeur mais qui déploiera bientôt un courage utile à la liberté.

A la suite, marchent les saisons qui représentent les différens âges et les diverses révolutions du tems. L’hyver est figuré par quatre vieillards à cheveux blancs ; le printems par quatre jeunes filles vêtues de lin, couronnées de roses, portant des fleurs et des guirlandes, respirant cette fraicheur native, cette sérénité charmante qui caractérisent le plus bel âge et la saison la plus riante. L’été non moins aimable nous présente quatre Cérès portant aussi des couronnes et des guirlandes d’épis jaunissans, à travers lesquels brille le bluet. Quatre autres beautés formant le groupe de l’automne ; toutes portent la corbeille de Pomone et celle du Dieu des raisins, toutes sont ornées de couronnes et de guirlandes mêlées de fruits, toutes représentent l’abondance et la fécondité de la nature.

Un peloton de montagnards s’avance après les saisons ; un corps bruyant de tambours les suit. Alors le buste de LEPELLETIER paraît. Quatre citoyens en lévites et couronnés de cyprès, le soutiennent sur leurs épaules. Quatre citoyennes l’accompagnent portant des branches de cyprès et des leurs. Chacun est ému, chacun fixe avec attendrissement ses regards sur le martyr de la Liberté. (Immortel MARAT, tu ne décorois point la cérémonie, nous ne possédions pas ton buste, mais ton auguste image, mais l’exemple de tes vertus étoient profondément gravés dans nos cœurs !)

Vingt-quatre citoyennes suivent le buste de LEPELLETIER, vêtues de blancs et portant toutes des couronnes analogues à leur emploi. Les unes soutiennent des brâsières où brûlent continuellement des aromates et des parfums ; les autres représentent la vertu parée de cet air de candeur et d’innocence qui commande l’amour et qui prescrit le respect. Deux groupes représentent, l’un les sciences, l’autre les arts. Les sciences sont couronnées de lauriers, un voile de lin couvre leurs attraits modestes. Elles portent dans leurs mains des globes, des sphères, des instrumens de physique, d’astronomie, de géométrie. Les arts sont couronnés de myrtes et de roses ; ils sont rians et aimables comme la nature qu’ils imitent. Ils portent les attributs de la peinture, de la musique, de l’architecture, de la sculpture.

à suivre

Source : Gallica/Bibliothèque Nationale « consécration du temple de la Raison par les sans-culottes de la commune d’Autun le Decadi 20 frimaire l’an 2 de la République

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