Consécration du temple de la Raison à Autun 2/3

Au milieu de ces différens groupes, s’avance majestueusement l’arche de la constitution, portée par quatre citoyens vêtus en blanc et ceints d’une écharpe tricolore. Le livre de la constitution y est renfermé. Sur l’une des faces on lit : elle assure votre bonheur, sur l’autre, elle vous rendra invincibles, sur la troisième vive la liberté, sur la quatrième vive la République.

Un chœur de voix d’hommes soutenu par une musique brillante, accompagne ce nombreux cortège. On chante des hymnes à la liberté, on invoque la vérité, la raison. On conjure avec instance ces divinités sacrées de faire briller leurs flambeaux et d’achever notre bonheur.

Paroissent ensuite les membres composant les autorités constituées, tous portant leur décoration et le bonnet rouge. Après eux marche une députation de la société populaire, les officiers municipaux des campagnes ornés de leurs écharpes, la garde nationale et la gendarmerie du district. Enfin, un corps de cavalerie que le zèle a formé pour orner la fête. Suivent en foule tous les autres citoyens. Ils mêlent leurs transports aux élans de l’allégresse publique, et tous brûlent de sacrifier sur l’autel de la Raison.

Après une marche longue et variée, on arrive au temple (à la ci-devant cathédrale). Quel changement se présente aux yeux ! A la place du grand autel on voit paraître une montagne immense, des buissons, des rochers, des tapis de verdure bordent les sentiers mousseux qui conduisent jusqu’au sommet. Là, un roc isolé s’élève . Un monstre affreux y domine encore, c’est le fanatisme accompagné de tous ses satellites. Il est semblable aux spectres qui sortent des tombeaux, un linceul blanc  le couvre depuis la tête jusqu’aux pieds, une large ceinture noire est à l’entour de ses reins, une longue barbe grise qui descend sur sa poitrine annonce la durée des superstitions et l’antiquité des chimères dont il a bercé les peuples. Il tient dans ses mains une croix, instrument terrible et semblable à la foudre qu’il paraît prêt à lancer sur les amis de la Raison.

Un chœur de musique fait entendre des accens lugubres ; ce sont autant de traits lancés contre le monstre dominateur. Un citoyen alors monte sur la montagne, un rocher lui sert de tribune. Il déclame avec force contre le fanatisme et les erreurs ténébreuses dont il a offusqué la raison humaine. Il peint avec énergie les ravages dont il a couvert le monde, les flots de sang qu’il a fait répandre, les victimes sans nombre que sa rage a immolées. Il annonce que le tems est venu enfin d’ouvrir les yeux et de terrasser le monstre exécrable. Qu’il tombe, s’écrie-t-il, qu’il se précipite dans les gouffres ténébreux que ses propres mains ont creusés… Les voix de tous les citoyens s’unissent aux accens de l’orateur. Le monstre épouvanté entre en convulsion, il s’agite avec fureur, il se précipite comme de lui-même du sommet de la montagne, ses satellites disparoissent également, le fanatisme n’est plus.

Mais la Raison a pris tout-à-coup sa place. Quelle grandeur ! Quelle majesté ! Une citoyenne remplit cette fonction sublime, la douceur et l’énergie sont peintes sur son visage ; un manteau blanc couvre ses épaules ; le casque de Pallas brille sur son front. La Liberté et l’Egalité l’accompagnent. La Liberté porte un bonnet rouge et balance dans ses mains un drapeau aux trois couleurs. L’Egalité tient une règle et une équerre symbole intéressant des bienfaits qu’elle annonce aux hommes. En voyant l’auguste déesse, tous les esprits sont transportés, tous les cœurs veulent manifester leurs vœux, toutes les voix veulent se faire entendre.

à suivre

Source : Gallica/Bibliothèque Nationale – Consécration du temple de la Raison par les sans-culottes de la commune d’Autun le décadi 20 frimaire l’an 2 de la République »

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