Consécration du temple de la Raison à Autun 3/3

De vifs applaudissemens répondent à son discours. Le canon tonne, les voûtes du temple retentissent au loin du cri Vive la Raison. Un intervalle de silence succède à ces éclats bruyans. Un nouvel orateur monte sur le rocher qui sert de tribune. Il s’attache à peindre les avantages de la Raison, et tous les bienfaits que va répandre cette aimable divinité. Il fait voir combien ses dogmes sont sublimes et consolans. Il met sous les yeux l’insuffisance et les faussetés de l’ancien culte. Il expose les prodiges et les merveilles que le nouveau doit produire. Il fait sentir combien il est propre à relever la dignité avilie de l’homme, à exciter dans les cœurs l’amour des vertus civiques et cette énergie puissance d’où dépendent la grandeur et la prospérité de la Patrie.

L’émotion des citoyens alloit de nouveau se manifester par des transports éclatans. Mai le chœur tout à coup se rend maître de l’attention. Et tandis qu’il chantait, tous les groupes de citoyennes s’empressoient de porter leurs offrandes sur l’autel de la raison. C’étoit un concours continuel sur la montagne et dans le sentier qui conduisoit vers le lieu où étoit son trône. Les saisons offroient à l’envi leurs fleurs, leurs moissons, leurs fruits. Les vertus, les sciences s’inclinoient devant elle et faisoient hommage de leurs symboles. On pouvoit dire que la raison étoit la seule qui, désormais, fut digne de régler sur nous et d’animer par ses regards, et les sciences et les vertus et tous les arts précieux, qui sont les fils de l’industrie. Une voix douce s’élève, c’est celle d’une citoyenne. Elle s’adresse aux différens groupes formant les saisons, les arts, les vertus, les sciences et chante. L’assemblée applaudit, elle accepte un présage aussi favorable, aussi avantageux  la République. Il devoit entrer dans une fête consacrée à la Raison, de provoquer des unions saintes, que le désir fermoit depuis longtemps dans le silence et dans le secret des cœurs.

Avant de se retirer, on chante plusieurs autres morceaux en chœur. On s’élève, on tonne de nouveau contre ‘impur fanatisme, on invoque la liberté, la vérité, la nature. On invite tous les peuples à briser leurs fers, à frapper tous les tyrans, à ne reconnoître désormais que des Divinités bienfaisantes et amies du bonheur des hommes.

On sort du temple de la Raison, dans le même ordre qu’on y est venu. Mais cette seconde marche est plus animée que la première. On y manifeste tous les transports que peut inspirer une victoire. La Déesse de la Raison s’y fait remarquer, comme une triomphatrice qui a dissipé toutes les chimères et vaincu toutes les erreurs.

Après avoir parcouru les principales rues de la commune, on arrive de nouveau sur le champ de mars. Un bûcher s’y élève. Il est couvert de tous les attributs qui rappellent les erreurs superstitieuses, nobiliaires, monarchiques. La Raison voit avec dédain ce vil amas de tant d’objets qui ne servent qu’à l’égarement et à l’oppression des peuples. Elle s’arme d’un flambeau, elle y met le feu ; la flamme s’élève rapidement, en un instant tout est dévoré.

On arrive enfin à l’autel de la patrie. La Raison se place sur le point le plus élevé. La Liberté et l’Egalité ne la quittent pas. Les différens groupes des citoyennes s’arrangent de part et d’autre sur les gradins et présentent tout à la fois le plus agréable et le plus imposant spectacle. Alors recommencent de nouveaux chants. La joie publique manifeste de nouveaux transports. Un citoyen élève la voix, il rappelle les bienfaits que la Déesse doit répandre sur ses enfans. Il fait voir les saisons diverses prodiguant à l’envi leurs dons. Les sciences et les arts cultivés et florissans. L’émulation excitée, l’industrie favorisée, le commerce encouragé. L’allégresse éclate encore, on s’écrie « Vive la Raison » et ce cri n’est interrompu que par les éclats du canon que l’écho redouble à l’envi.

Un autre orateur va parler le langage de la raison. Il s’attache à démontrer que le culte des Français est le seul culte véritable, le seul qui honore la Divinité, et dont la nature n’ait point à rougir. Il fait voir que toutes les erreurs qui rendoient le peuple malheureux, n’étoient qu’un effet des manœuvres sacerdotales. La vérité brille dans ses discours. Les applaudissemens se renouvellent et des chants patriotiques terminent la cérémonie.

On se retire dans la salle des amis de la République. Là, au bruit des chœurs et des instrumens, on dépose le buste de LEPELLETIER, et l’arche qui renferme notre Constitution sacrée. On félicite les citoyennes du zèle qu’elles ont montré à embellir la fête de la raison. Elles jurent une fidélité constante à la nouvelle Divinité des Français. Une illumination

Source : Gallica/Bibliothèque Nationale. Consécration du temple de la Raison par les sans-culottes de la commune d’Autun le decadi 20 frimaire l’an 2 de la République

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