Un Bourguignon au Sahara (1)

Par Pierre GUIBERT du GERCO

Joseph RENEVRET et Catherine BOUQUET de Velesmes (70) eurent au moins un fils François (né le 21.12.1796) qui épousa Anne-Thérèse BAUSSAIN (née le 21.01.1803), lesquels eurent eux aussi au moins un fils Gaspard né le 7.2.1835 à Velesmes.  Celui-ci épousa à Ciel (71) le 23 juin 1868 Anne FRATER. Gaspard est domestique, le couple ira chercher fortune à Beaune (21) sans grand succès. Néanmoins il aura trois enfants : Paul, né le 15.1.1875, Marie, grand mère de l’auteur) née le 15.8.1876 et Léon né le 23.1.1886. C’est ce dernier qui nous intéresse aujourd’hui.

Il perd sa maman alors qu’il a quinze ans. Lui et son père iront vivre chez Marie mariée à Guérigny (58). Dans cette ville sont installés d’importants arsenaux de la marine où travaille Auguste GUIBERT son beau-frère. Léon a pu être apprenti aux arsenaux et y apprendre la mécanique.

Pour effectuer son service militaire, il est incorporé le 9 octobre 1907. Peu de temps, car il est réformé pour tuberculose ganglionnaire le 26 août 1909. Néanmoins, le 2 septembre 1914, il s’engage pour la durée de la guerre au titre du 144e régiment d’infanterie et se retrouve mécanicien, affecté au 3e groupe d’aviation.

En effet, à l’époque l’armée de l’air n’existait pas et c’étaient les militaires de l’armée de terre qui faisaient voler les avions. L’armée de l’air n’ayant eu une existence officielle qu’en 1933, avant cette date les rares archives sont détenues par le service historique de l’Armée de Terre.

Nous savons que Léon a participé à l’entretien des appareils pendant la guerre en France, notamment dans la Somme, jusqu’au 13 décembre 1916, où on l’affecte à l’escadrille J 306 basée à Biskra en Algérie, à l’orée du Sahara (pensait-on que le climat serait meilleur pour sa maladie ?)

Le Sahara, immense, était à peine conquis et pas encore pacifié. Des troupes, peu nombreuses et d’autant moins que la guerre en réclamait tous les jours, tentaient de faire la police, empêchant les touaregs de razzier les caravanes. En dépit de cela et peut être à cause de cela, les officiers généraux responsables souhaitaient raccourcir les délais d’intervention et les distances. L’avion pouvait être la solution, mais les avions de l’époque n’étaient pas très performants et ceux qui l’étaient le plus étaient réservés au front. L’escadrille de Biskra ne disposait que de Farman 40, avions déjà vieux, à hélice poussante placée à l’arrière de la carlingue.

Néanmoins le Général LAPERRINE envisageait de réaliser la traversée du Sahara. Pas encore d’un seul coup d’aile, les appareils n’avaient pas une autonomie de vol suffisante, quelques 150 ou 200 kilomètres. Et puis, les avions étaient extrêmement fragiles, les capotages nombreux, les trains d’atterrissage pliaient, les hélices en bois se brisaient. Enfin les moteurs appréciaient peu le sable. Aussi lorsqu’on proposa aux pilotes de faire venir des Caudron bimoteurs par ailleurs appelés « cercueils volants » personne n’en voulut. On volerait avec les Farman.

Les avions feraient des sauts de puce, des étapes successives. Mais pour cela il fallait aménager des aérodromes de fortune, de place en place, à proximité d’un fort militaire par sécurité et y apporter des pièces de rechange et du carburant à dos de chameau. Les avions ne disposaient évidemment pas de la radio, il faudrait sur place des postes de T.S.F. et des manipulateurs.

Une mission de reconnaissance et de mise en place est organisée, un sous-lieutenant aviateur, un autre du Génie chargé de l’installation de la T.S.F. six mécaniciens dont Léon RENEVRET et son chien, deux mitrailleurs, en tout 10 personnes partent le 28 janvier1918 dans deux automitrailleuses Brasier. Les véhicules passent à Hassi-Innifel le 31, en direction d’Aïn-Guettara où doit avoir lieu une escale des trois avions qui partiront de Biskra.

Aïn-Guettara est le point de passage obligé des caravanes et des colonnes militaires se rendant d’El-Goléa à In-Salah. Il s’agit en effet de passer du plateau du Tademaït à la grande dépression du Tidikelt 700 mètres plus bas, par un labyrinthe chaotique de défilés. Le petit fortin d’Aïn-Guettara est tenu par huit moghzanis indigènes, qui sont attaqués par une troupe de touaregs touchés par la propagande Senoussiste initiée par les Turcs. Sept d’entre eux sont tués, le huitième dira qu’un convoi est attendu.

Le guet-apens est tendu et le ler février, malgré leur résistance dont fera foi le nombre de douilles retrouvés, tous seront tués, certains égorgés. Le chien de Léon subira le même sort que son maître.

Aujourd’hui Léon repose avec ses camarades au Sahara.

Le ler décembre 1916, alors que Léon arrivait sur le sol africain, le Père Charles de FOUCAULD était tué à Tamanrasset.

A la suite de cette première tentative avortée de traversée aérienne du Sahara, d’autres expériences eurent lieu. En 1920, la guerre ayant fait progresser l’aviation, une nouvelle tentative avec des Breguet XIV, plus performants, était envisagée. Le Général NIVELLE commandant les troupes d’Afrique du Nord prévoyait d’y participer. Mais, rappelé à la dernière minute à Paris par le gouvernement, il laissa la place au Général LAPERRINE. L’avion dans lequel celui-ci avait pris place se dérouta et capota à l’atterrissage. Le Général LAPERRINE, grand saharien, y perdit la vie.

à suivre

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