Journal de Noé LACROIX en 1625

Le jour de Sainct Sébastien, lundy 20 janvier 1625, arriva dans la ville de Chalon révérend père en Dieu messire Nicolas FREMYOT sieur de Nuchaize, evesque de Chalon, dans un carosse assisté d’environ cinquante chevaux, tant de sa suitte que de ceux de la ville, et faisoit un mauvais temps et très mauvais chemins ; et fut receu à la porte par messieurs les maire et eschevins de la ville, et de là fut conduict par iceux en l’évesché dudict Chalon, où il fut visité par messieurs de Sainct Vincent et par messieurs les gens du Roy.

Et le lendemain mardy vingt uniesme jour desdicts mois et an, ledict sieur evesque de Chalon fut conduict en procession en l’église Sainct Vincent dudict Chalon, où estoient tous les religieux et paroisses de la ville, avec les croix, et passa despuis l’évesché faire le tour par la rue du Bled à cause de la multitude desdictes processios et religieux ; et estant au devant la grande porte de ladicte église, il fut receu par messieurs d’icelle ; auquel lieu il fit sa harangue ; et après, près le pilier et entrée de ladicte église, y avoit un petit autel avec une croix et deux chandeliers blancs, devant lequel il se mit à genoux, faisant quelques prières ; despuis le Te Deum fut solenellement chanté et le service par lui faict. Et le lendemain, jour de feste sainct Vincent, où il fut magnifiquement servy. Dieu sur tout !

Le dimanche vingt troiziesme mars 1625, le foudre et esclat du ciel tomba sur l’église Saincte Bénigne à Dijon, sur environ les cinq heures du soir, avec grand tonnerre et eslides, et fut le clochier au dessus de la nef de ladicte église bruslé et consumé : chose esmerveillable en la saison. Dieu nous préserve de mal par sa saincte grâce !

Le dimanche sixiesme juillet 1625, monsieur de BORBONNE passa par la rivière de Saosne par estappe, conduisant deux mille soldats, tous jeunes hommes en bonne ordre, portans les armes, et alloient par terre cent maistres à cheval. Et le soir dudict jour, y eut un bapteau suivant les autres, lequel passa soubz le pont, environ X heures du soir, qui faillirent d’estre noyés par le moyen d’un moulin qui estoit à rive, et ayant sauvé le danger furent logez au faubourg Saint Jean de Maisel en petit nombre.

Le XXVe aoust 1625, jour de feste sainct Louys, il s’est tiré un prix d’armes où il n’y avoit que quatre pièces, et fut tiré dans le fossé de la porte Saint Jean de Maisel, et y fut mis deux jours à le tirer, qui cousta beaucoup à Mr FLORYS, capitaine, qui traicta tous les enffans de la ville à diverses fois ; et fut le prix ouvert par monsieur le petit marquis d’UXELLE, capitaine de la ville de Chalon, et ledict prix emporté par Pierre SIMONNOT fils de Pierre SIMONNOT, pescheur à Saincte Marye ; ledict prix faict au fraiz de la ville et qui se doit chacun an tirer ledict jour S. Louys par les enffans de la ville, et c’est aujourd’huy la première fois.

Le sabmedy VIe septembre 1625, on a faict une procession à Sainct Marcel, où estoient les paroisses et tous (les religieux) mendians de la ville, affin de prier Dieu pour la santé du Roy, aussy pour la grande sécheresse estant lors, et pour la prospérité de la grand quantité de malades de flux de sang et fiebvres dont plusieurs personnes estoient malades et mouroient.

Le sinode des pères Cordeliers s’est tenu à Chalon et ouvert le dimanche 21e septembre 1625, jour de feste sainct Mathieu, et a duré huict jours entiers, où estoient grand nombre de Cordeliers de diverses provinces et couvens, en nombre d’environ huict ou neuf vingtz, et s’est faict une grandissime despence pour la nourriture dessusdicts religieux servans en nombre d’environ trente. Pendant lesquels huict jours iceux pères Cordeliers ont faict de très belles prédications à Sainct Vincent, belles disputes sur thèses tous les jours présentées dans la chaire de la nef dessusdicts pères Cordeliers, le cœur et l’autel richement parés et ornés, le corps de Nostre Seigneur sur le grand autel pendant lesdicts huict jours, et  à la fin une procession générale faicte à Sainct Vincent, et auquel couvent plusieurs personnes se sont communiées à cause des indulgences y estans. Dieu soit loué !

Le nonce de Sa Saincteté et son neveu légat en France pour la paix d’Espagne avec le Roy de France, passa près de Chalon où l’on avoit faict des préparatifs pour le recevoir, mais il n’y voulut entrer à cause du rapport qui luy fut faict qu’il y avoit du danger de mal dans ladicte ville, qui fut cause qu’il passa par le bois de Taisey, et alla coucher à Senecey, le jeudy second d’octobre 1625.

Source : Mémoires de la société d’histoire et d’archéologie de Chalon – 1883/88 par Anatole de CHARMASSE

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