Journal de Noé LACROIX en 1627

Le jeudi quatriesme febvrier mil six cens vingt-sept, à dix heures et demye du soir, naquist Françoise LA CROIX, notre huictiesme enfant, laquelle fust baptizée le dimanche suivant septiesme dudict mois, sur les fonds de l’église Sainct George de Chalon ; et furent ses parain et maraine Mr Claude PERRY, chanoine en ladicte église Sainct George, et damoiselle Françoise PENESSOT fille de Mr le conseiller PENESSOT. Dieu la tienne en sa saincte garde.

Le ercredy quatorziesme d’avril 1627, je, Noé LA CROIX, sergent royal à Chalon, ay esté receu sergent pour les décymes avec Mre Jean GEORGE, sergent général, par Mr BERNARDON, official, pour l’absence de monseigneur le révérend en la place duquel il siégeoit, devant lequel nous avons presté le serment en présence de tous les prestres du diocèse dudict Chalon, et de noble Mre Claude TAPIN, conseiller du Roy, receveur desdictes décimes, lequel donne les commissions.

Le lundy XXIe juin 1627, il s’est tiré ung prix d’argent à Chalon, du prix de quatre mil trente livres ; et il a esté tiré au jardin VADOT, très beau lieu, bien préparé, en deux places où estoient les cibles ; estant arrivé qu’attendu que les chevalliers des villes mandées n’estans venus que de peu de lieu, en sorte que le nombre des chevalliers n’estant qu’environ cent ou six vingts, il y eut contestation parce que le prix estant en sy haulte somme ne se pouvoit tirer par sy peu de chevaliers. Il fut résolu qu’on ne tireroit que la moityé, ce qui fut faict, et le prix fut emporté par ceux de la ville de Dolle, auquel prix il s’est faict des coups merveillables.

La présente année 1627 a esté fort rude pour les pauvres, parce que le bled a esté fort cher : scavoir, quarante sols le froment et les autres graines à proportion. Il a esté quantité de vin, Dieu mercy ! mais tellement vert par tout qu’il n’y avoit moyen d’en boire que par force. Il a esté peu de fruicts. Il s’est faict par toute la France de grandes prières pour nostre Roy Louys 13 estant retourné devant la Rochelle empescher les Anglois d’empiéter aux iles de Rée. Il a advancé contre iceux, lesquels en ont esté vivement repoussés à leur perte et confusion. Loué en soit Dieu !                                                                                             Si Dieu ne mect la main pour les pauvres, je doubte que sur la fin et avant qu’on recueille les fruicts il n’en meure de faim, à cause de la disette des bleds et que le riche engreine tout.

Source : Mémoires de la société d’histoire et d’archéologie de Chalon – 1883-88 par Anatole de CHARMASSE

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