Le journal de Noé LACROIX en 1630 – 2/2

Et le lendemain premier de may audict an 1630, la Reyne mère et la Reyne femme de nostre Roy Louys sont passé dans la ville de Chalon, avec Monsieur le Chancellier, Monsieur le Garde des seaux et plusieurs grands seigneurs du conseil, en grand nombre, et auroit passé dans ladicte ville de Chalon, plus de soixante carosses et plus de deux cents chariots suivant le train de la Reyne. Dieu les conduise à Lyon et ailleurs où ils voudront aller !

Le mercredy quatorziesme may mil six cens trente, la procession de Sainct Vincent estant en nombre de six prebstres, deux enfans de cœur, deux Capucins, deux Cordeliers et deux Carmes, suivant le veu faict par Messieurs de Sainct Vincent et les paroissiens, sont ledict jour partis de la ville, et allé à Nostre-Dame de Grâce près Sainct Jeangoux, lesquels sont retournés le lendemain, ayant esté fatigués par le moyen de la pluye faicte pendant leur voyage ; lesquels furent receus par les processions de la ville à la porte de la ville de Sainct Jean de Maisel, où ils avoient esté conduicts le jour auparavant, et conduicts en l’église dudict Sainct Vincent, auquel lieu, pendant leur voyage, le sainct Sacrement reposoit en la chapelle Nostre-Dame de Pityé, où s’estoit célébré une grand messe en musique avant leur départ ; ladicte procession faicte au subject de la peste qui travailloit grandement la ville de Chalon. Dieu veulle ouyr et recevoir leur prière, et sa saincte Mère la glorieuse Vierge Marye, amen !

Ledict jour quatorziesme may, il a passé dans la ville de Chalon huict compagnies de Suisses en très bel ordre, chacune compagnie composée de deux à trois cens hommes, lesquels ont tous logé, une portion au faubourg Sainct Jean de Maisel, ung soir seullement, et le reste à Sainct Martin et Sainct Jean des Vignes, lesquels tiroient en Loraine pour le service du Roy.

Le lundy 20 may, lendemain de Panthecoste, il a passé une compagnie de pionniers, tous couverts de cazacques bleues et la croix blanches, et leur drapeau de mesme couleur, iceux en nombre d’environ 60 ou 70, tambourbattant.

Le lundy dixiesme juin 1630, suivant le veu faict par Messieurs du Chapitre de Sainct George et les paroissiens d’aller à Nostre-Dame de Grâce, pour la préservation de la peste, on s’est acheminé en procession, scavoir deux chanoynes et quatre habituez de ladicte église, avec deux enffans de cœur portans les chandeliers, assistés d’environ cent ou six vingts paroissiens, duquel lieu de Nostre-Dame de Grâce on retourna le lendemain jour de sainct Barnabé, unziesme juin : en estant à la porte de la ville, le corps de l’église dudict Sainct George vindrent au devant, à la porte de la ville, assistés d’un grand nombre des susdicts paroissiens, tous conduicts en ladicte église où l’on rendit grâce à Dieu et à la glorieuse Vierge Marie. Dieu aye soin de nous !

L’année 1630 a esté fort déserte en froment, de bled et légumes, combien qu’on avoit ensemencé quantité de trémis, attendu que les bleds estoient la plus grand partie perdus ; néanmoings lesdicts légumes n’ont rapporté leur ordinaire àcause de quantité de pluie et de la froidure du temps estant arrivé à coupt et la trop grande sécheresse estant survenue, de sorte que le menu peuple a grandement pay et enduré grande fain, d’aultant que le boisseau froment se vendoit trois livres cinq sols et III k X s ; le seigle trois livres ; l’orge cinquante cinq sols et LX s ; les febves comme le froment ; les gros poix 4 L, les autres 3 L et 3L 5s ; l’avoyne 30 sols ; les autres graines à mesme proportion ; le son vingt sols. La peste a toujours régné dont il est mort quantité de pauvres gens, tant dudict mal que de pauvreté. Monsieur JORNOT, esleu maire, qui a esté accusé de n’avoir proceddé selon son debvoir, qui auroit occasionné beaucoup de fraiz à la ville de Chalon ; PICARD, scindicq, qui auroit encore moing faict, ains seullement soigneux de son proffict. Les pauvres des villages faisoient pain de gland, de geneste et boulye de guy, de quoy ils vivoient.

Ladicte année il a esté peu de cancoires et presque poinct par le moyen du printemps froid et pluye abondante.

Source : Mémoires de la société d’histoire et d’archéologie de Chalon – 1883/88 – par Anatole de CHARMASSE

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